mercredi 19 avril 2017

Le mur bleu







C'est un mur aux grappes lourdes ployant sous les chaînes contre l'ardoise il y souffle le silence matin déchiré soudain par un battement d'ailes au cœur de son phrasé de lianes







lundi 17 avril 2017

clapotis de l'eau













Passe le passeur qui ne se lasse des après-midis du fleuve lumière oblique à fleur d'ombre était l'eau











dimanche 16 avril 2017

Ecume















Tu es revenue, tu es arrivée, a dit la vague, tu es chez toi à chaque instant, sur chaque grain de sable, tu as creusé le rivage et rêvé l'océan.  Respire, marche, vole. Nul besoin de ligne d'horizon. N'es-tu là, infiniment là. Brume au vent du monde, bulles, bulles, vacuités éphémères.





dimanche 9 avril 2017

Questions méditatives





Elle a questionné et questionné, quêtant une vérité, peut-être la sienne, dans les réponses qu'elle cherchait du côté de l'autre, prélevant les mots qui lui en venaient pour chercher les signifiants qui l'apaiseraient. Les questions induisaient-elles des réponses, mais surtout des discours et des tonalités d'affirmations, de certitudes bien déplacées, insupportables, dont aucune ne lui convenait. Entre questions sans fin, mimant l'innocence d'un non-savoir, qui venaient critiquer l'autre et affirmations de certitudes qui effaçaient la fraîcheur de sa recherche, lui est apparue cette étrange découverte, celle d'un chemin oxymorique pulsant entre questions et réponses, sur un bord toujours instable. Comment dire sans placer l'autre en cette position de maître et de savoir qui viendrait induire l'esclavage d'une énonciation ? 
Il lui est revenu cette anecdote que je raconte ici de façon peut-être déformée. Un jeune disciple avait fait un long chemin pour venir voir un maître zen renommé. Il arriva le premier jour et lui expliqua le sens de sa démarche, ses sacrifices pour venir le voir et poursuivre sa quête et son chemin. Le maître lui répondit : " reviens demain" . Le jeune disciple revint le lendemain et le maître lui fit la même réponse. Au bout de quelques jours, le jeune disciple s'impatienta et interpella son interlocuteur en lui réclamant enfin une réponse. Ce dernier lui répondit  alors : " ne vois-tu pas que nous dialoguons déjà ?"
Sans faire l'apologie du silence et de l'absurdité apparente de la situation, une voie s'ouvrirait à l'encontre du discours courant. Inclure le silence, soit le suspens de la réponse, même momentanément, déplacerait-il le torrent de questions et l'aliénation qui découlerait dans ce type d'adresse à l''autre. Ce type d'énonciation porterait-il la part de responsabilité de celui qui l'émet en posant des questions, voire même en se posant comme en opposition, en révolte, porterait-il sa part de responsabilité dans la construction du tyran ? La réponse n'est sans doute pas univoque, car quel est le chemin, et le temps du disciple, figure ici du commun des mortels, éternel apprenant en son trajet de vie, face à cette autre figure psychique qu'est cette image du " maître", dotée d'un objet qui pourrait se prendre enfin.
Une autre phrase lui est revenue mais de qui est-elle donc ? " L'homme vaut les questions qu'il se pose. "
Questions méditatives... peut-être sans réponses, ou aux réponses partielles et plurielles, voire temporelles. Oxymore est le chemin, a-t-elle dit. Est faux, ce qui tombe à côté, falsus, mais vertu aussi de ce falsus, de cette faux qui déblaye et débroussaille le chemin. 
Soleil ou lune a semblé se demander le jour ce matin. La promenade m'a semblé belle...



vendredi 7 avril 2017

Circulatoire, vases communicants avril

Faut-il encore présenter "les Vases Communicants", dont l'idée fut lancée par F Bon ?
/http://www.tierslivre.net/

Merci à Marie Noëlle Bertrand de permettre d'en poursuivre encore l'aventure, voici la liste des participants de ce vendredi 7 avril 2017
http://lerendezvousdesvasescommunicants.blogspot.fr/2017/03/liste-vases-communicants-davril-2017.html

Je l'expérimente à nouveau ce mois-ci, avec Dominique Hasselmann en son blog " Métronomiques".
/http://hadominique75.wordpress.com/
 
Circulatoire...est le thème lancé par Dominique. J'ai pris la balle au bond. On parle de système circulatoire, quand des fluides circulent entre des organes. J'ai imaginé des fluides de mots et d'images circulant d'un blog à l'autre, nous y avons croisé nos photos.
Merci Dominique pour l'expérience. Voici son texte avec une de mes photos.

De même, vous trouverez mon texte sur son blog https://t.co/DiSxpaW86L

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Circulatoire

La barrière est peut-être, en vrai, finalement, invisible : le blanc de la séparation qu’elle instaure avec le jaune du sable et le bleu de la mer peuvent laisser passer le regard à travers elle. Ce ne serait qu’un obstacle imaginaire.

Dans le flot circulatoire qu’elle présente, avec ses feuilles d’acanthe ou d’Alcantara, ses arabesques et ses courbes ouvragées, ses délicats virages et croisements intempestifs, elle se soumet au principe maritime qui s’agite – éternellement – un peu plus loin : le flux et le reflux, la marée haute puis basse (la flûte, le violoncelle), le bruit sourd et entêtant, comme si l’on frottait une clé en marchant sur les ouvertures éclatantes, l’harmonie musicale se déroule, s’enroule et laisse sur le sol, après s’être retirée, si l’on regarde bien, quelques coquillages abandonnés.

Les deux hublots – imaginons que nous soyons bloqués dans un paquebot échoué – semblent recopier un style plus ou moins napoléonien, quand la flotte n’était pas que de la pluie. Une vincible armada se serait ainsi posée au bord du rivage, pour un repos ou une trêve dans la guerre avec l’Angleterre ennemie (bien avant le Brexit). Le sang bleu du ciel, impérial, surplombe les différents plans du paysage.

Facétieux, le soleil transforme les montants blancs de la barrière en noir : c’est un artiste du contraste, il aime créer de l’ombre quand il éclaire, pour peu qu’un objet, métallique ou autre, lui oppose une quelconque résistance. Dans sa dialectique colorée, l’astre royal a choisi ce qui peut inverser sa proposition : l’envers du décor est toujours la réponse à son affirmation brûlante.

Tu m’avais donné rendez-vous sur la plage, au milieu des estivants. Tu porterais un maillot de bain rouge à bandes blanches (un peu comme une Ferrari de course, avais-je remarqué). Je cherchais à te reconnaître, au loin, pourtant il n’y avait pas un monde fou à fouler le sable. Mon cœur commençait à battre plus fort : et si tu n’étais pas venue, ou si tu t’étais éloignée vers la haute mer, en croyant crawler sans danger ?

Et puis j’ai reçu un SMS sur mon portable :
– Je suis à l’hôtel des Roches noires, chambre 375, tu viens ?
L’écran de mon téléphone affichait 15 heures.

Après tout, pensai-je, il suffira que j’imagine les fenêtres de la chambre comme des ouvertures rondes vers le grand large, et les plis des draps me rappelleront les vagues tandis que nous voguerons alors l’après-midi, sans souci ni bouée de sauvetage, sur notre barque rectangulaire et immobile.

texte : Dominique Hasselmann
photo : Lan Lan Huê



 










mercredi 5 avril 2017

"Innomminée" ou " innommée" ?









Elle a laissé résonner cet étrange mot " innominée",  elle n'avait pas été nommée à une  fonction qu'elle convoitait, le ton de sa voix avait amené à entendre cet "innominé" comme l'attente déçue à une nomination où le narcissisme aurait été enfin comblé, le narcissisme, cette chose qui s'entend si fort, toujours encombrante, redondante et grotesque comme un masque de carnaval mal ajusté, elle le pistait tant en son parcours, il s'agissait pourtant ici d'une nomination de qui se devait de connaître le manque justement. Que venait-il donc faire encore à cet instant présent, affleurant en sa déception ? Et pourquoi n'avait-elle pas dit " innommée ", s'était-elle demandée, innommée comme peuvent l'être certains enfants, orphelins ou abandonnés et qui naissent sans nom ? Noms d'une fonction, d'une personne, voire d'une famille ou d'une école, d'une entreprise, ou d'une institution... noms pluriels où s'accroche l'attente. Le soir en rentrant, j'ai observé le retour des cygnes, chacun vaquant à ses affaires, multiples manières, agitations, ailes blanches s'ébrouant hors de l'eau, se regardaient-ils seulement, c'était face au fleuve.






lundi 3 avril 2017

Le sacre du printemps




Il est le seul que je vais voir à domicile car il est désormais en fauteuil roulant. L'autre jour, il est resté bloqué et allongé sur son lit quand je suis arrivée. Aujourd'hui, je l'ai trouvé en bonne forme, assis à son siège, l'aide à domicile était passée, il m'a montré sa récente acquisition, une station de travail pour la musique, elle trône dans son bureau. Il m'a fait entendre alors les mixages qu'il a créés dans la semaine, avec " Le sacre du printemps", j'ai écouté les bandes sonores qu'il avait superposées, telles des portées. Clarté, pureté du son numérique. Son dépouillé de tout souffle, embarqué dans cette symphonie des temps modernes revisitée. J'ai pensé à ces chorégraphies de printemps sauvage restées dans la mémoire du monde. Je suis repartie avec dans la tête des musiques et des images de corps dans leur rythme sourd, enduits de boue dans leur hymne à la terre.

Contemplant le fleuve, le soir venu, j'ai repensé à son sacre du printemps. Mais était-ce le matin ou était-ce le soir ? Les perceptions sont parfois trompeuses comme peuvent l'être aussi les mots. Alors ? interroge la lumière. Tu peux détailler l'écriture des branches, les nageoires des habitants de l'eau, le bruit du vent voire le cri des oiseaux. Installe-toi sur le dos du jour, a dit la lumière. Et observe. Soupesant la question de tout à l'heure, je me suis encore demandée : est-ce le matin ou le soir,  l'hiver encore si frais ou le printemps enfant devenant ? Ou n'est-ce seulement que le suspens de leur passage ?





dimanche 2 avril 2017







J'avais oublié ce matin que le printemps se rendait présent dans toute l'épaisseur de ses strates cerisier. S'arrêter et écouter les oiseaux. Qui est-il donc celui-ci dont je ne reconnais ni la musique ni le bruit. Goûter, déguster, discerner, contempler tout en marchant. C'est un doux dimanche, encore  frais de ses premières heures du jour. Dans ses courants d'air. Lumière. Attentive.






dimanche 26 mars 2017

"Peigne du vent"







C'est en regardant l'écume brossée par le vent que j'ai observé ces myriades de gouttes d'eau, en leur trajet de souffle peigné, tout le long des vagues folles. Te faire miroir du monde as-tu dit, petite goutte d'eau, ponctuant ainsi le parcours de ta vie, éclaboussant la roche, feutrant le monde de la fraîcheur iodée de la mer, forte et pourtant si amicale. Tu as humé l'algue rousse en son histoire frissons, tu t'es promenée encore et encore, c'était le long de l'océan, sculpté de tempêtes. La vie s'ébouriffe, s'étiole et ponctue ses phrases contre le roc dur des saisons. Ecoute. L'oubli du vent.


1. "Le peigne du vent " Sculpture d'Eduardo Chilida.

dimanche 22 janvier 2017




Poème muet ou images parlantes, ils ont déclaré dans leur chute torrent, méfiez vous des mots et de leurs nasses de monde. Soupeser un mot, rentrer en une goutte d'eau, serait-ce le monde enfin, instant ténu à sa naissance ?


jeudi 19 janvier 2017

Méditation 2





c'est un monde ; levé à l'ombre ; des encres folles ; fomentant entre les pierres ; et ne trouvant ; leurs chemins de mots ; de formes ou de sons ; écouter, écouter ; encore et encore ; et entendre bruire ; dans les remous courant ; leurs hallucinations véridiques ; matière, nature ;  échos passage ;

lundi 16 janvier 2017

méditation










Dans le silence des mots, s'est levée cette tectonique matière, souvenir de ses flux montagne,  traversée puissante, courant, océan, cycles maritimes, une vie pour tenter de le saisir peut-être dans le silence des mots, laisser monter sa mémoire.




samedi 14 janvier 2017






Elle était si minutieuse, elle m'avait montré ses réalisations. Fleurs corolles, multicolores, inaccessibles inconnues que seul son regard a imaginées et revisite encore.  Elle m'a dit qu'elle voulait de toujours faire ce métier qui n'existe plus. Des têtes qui n'existent plus ont alors surgi de ses doigts agiles. Elles étaient insignifiances, merveilles, échappées du temps, fleurissant le bord du chemin. Malgré le temps, malgré le temps.


dimanche 8 janvier 2017

Frissons de choses










Cages d'amour, c'est ainsi qu'on vous appelle,
Points, trous, nervures,
Frissons de choses,
Lanternes froissées,
Murmures déchirures
En vibrations
En corps
























vendredi 6 janvier 2017

Rencontres



« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »



Bienvenue à  Marlen Sauvage que j'ai rencontrée "virtuellement" sur son blog http://les-ateliers-du-deluge.com/author/lesateliersdudeluge/  mais aussi sur le site "le cosaque des frontières " https://t.co/p3g8YsUdxO  . Marlen a été journaliste et anime des ateliers d'écriture depuis 15 ans dans les Cévennes.


J'ai eu grand plaisir à réaliser cet échange sur le thème de la rencontre avec elle. Rencontre au pied levé, rencontre légère, rencontre d'écriture, rencontre virtuelle, rencontre fictive donc, mais qui dit que ce que touchent ces rencontres,  ne gite pas dans l'intime du regard ? C'est donc sur une photo de Marlen, chemin de neige, que la proposition " rencontre"  a fait lancer cet échange de mots " haikus", écho aux anciens jeux de distiques mais aussi aux messages brefs de notre modernité qui fleurissent  dans les tweets.

Rencontres ... où nous avons fait alterner nos mots, venus de cette petite contrainte d'écriture avec la neige de janvier 2016 venue du Canada, lors d'un voyage de Marlen.



 

H : Chemin flocons
Oiseau alerte
Aimerais tes ailes

M : Vers  le ciel regarde ! ~
Parmi les larmes de glace
Tu voles déjà

H : Entre calme et silence
Sillons dans la neige
Où vas-tu donc ?

M : Le sait-on jamais ? ~
A ta rencontre sans doute
Tous mes os me portent

H : Arbres si lourds
Silence si blanc
Attentif au vent

M : Le chant de l’hiver
Dans les branches cabriole ~
Murmure ton nom
  
H : Froidure brisure
De mots cristal
Au bout du chemin peut-être...







jeudi 5 janvier 2017

Reprise







Tout est passé. Au fil de la parole. En ces mots poussière de temps. Tous carbone devenus. Eux aussi. Mémoires, mémoires déposées là. Le corps n'est pas seulement cette barque où l'on s’assoit. Il est aussi cette torche qui brandit la flamme. L'un consumant l'autre. Que ce fauteuil a recueilli depuis si longtemps. Et l'oubli les a emportés dans le vent des passions enterrées. Il m'a dit en voyant le chien si affectueux.

" oh il va bientôt monter sur le divan avec moi !"
"qu'est-ce qu'il a du en entendre au fil du temps !"
Nous avons souri tous ensemble et le chien aussi. Qui a donc dit que les chiens ne parlent ni ne sourient  ?




mercredi 4 janvier 2017

800 voeux de bonne année






800 vœux de bonne année

De  Jan Doets

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Chers lecteurs,
En ce jour du 800e article paraissant sur ce blog, le Cosaque vous souhaite une très belle année 2017. Un vœu ambigu dans un monde qui devient de plus en plus immonde? Ça dépend du point de vue.
Immonde oui, quand on regarde la situation politique sur tous les continents, la haine entre les extrémistes des religions, l’absurdité du grand argent, du chômage. Immonde aussi, quand on reçoit la nouvelle de la terrible maladie d’une chère amie.
Quand on pense à ces étendues de plastique qui flottent sur les océans et d’autres vilénies. Aujourd’hui, il est très difficile de rester optimiste. C’est comme si on revivait les années 1930 mais en pire. Le monde court à perdre haleine dans la fausse direction. On a perdu la tête.
Il ne nous reste que de petites choses pour nous rendre heureux. Le sourire d’une amie, la compréhension entre nous tous.
Être heureux avec l’écriture, les mots écrits, spécialement les mots de tant de vrais artistes qui n’arrivent que rarement ou pas du tout à être publiés par des éditeurs sur papier, ceux-ci étant trop souvent devenus des loups pécunivores, déclarant des texte sublimes mais au rapport financier improbable comme hors de ligne éditoriale.
L’écriture. En août 2013 j’ai commencé ce blog, Les Cosaques des frontières, refuge pour les dépaysés pour offrir un lieu commun aux individus pour qui les mots sont de « buées »de sauvetage. Cet article est le 800e. Sans compter la centaine d’articles enlevés du blog après leur parution sous forme de livre électronique aux Éditions QazaQ , mon initiative de juin 2015, et dont le catalogue compte 38 livres maintenant. Chaque mois, le blog des Cosaques des frontières est lu par quelque 500 lecteurs qui reviennent plusieurs fois par mois, dont 183 abonnés. Lecteurs en 40 pays dont la plupart vivent en France et aux États-Unis. 
De petites choses peut-être mais plutôt réussies et douces dans ce monde si misérable, n’est-ce pas ?
Recevez mes amis les bons vœux de Jan Doets.



Bonne année Jan !